L’affaire Morgan est probablement l’événement qui a le plus bouleversé la franc-maçonnerie aux États-Unis.
En 1826, un certain William Morgan, de l’État de New York, qui prétendait être franc-maçon, annonça son intention de publier un ouvrage révélant les rituels maçonniques. Peu après, il fut arrêté pour des motifs mineurs, puis enlevé par un groupe d’hommes. Il disparut définitivement et son corps ne fut jamais retrouvé. Plusieurs maçons furent condamnés pour enlèvement, mais aucun meurtre ne put être juridiquement établi. En revanche, l’opinion publique de l’époque conclut très rapidement qu’il avait été assassiné par les francs-maçons. Cette conviction provoqua une crise majeure au sein de la franc-maçonnerie américaine.
Après cette crise, la franc-maçonnerie américaine chercha à se reconstruire autour d’une organisation plus homogène. Il apparut nécessaire d’uniformiser les pratiques maçonniques et notamment de durcir les procédures de sûreté et de vérification des visiteurs.
A l’appel de la Grande Loge d’Alabama un convent eut lieu le 7 mars 1842.
Suite à ce Convent, dans la plupart des juridictions américaines :
- les apprentis et compagnons ne sont pas considérés comme membres à part entière de la loge
- ils assistent essentiellement aux cérémonies de leur propre degré et à leur instruction ;
- toutes les affaires administratives, les élections, les finances et les votes se déroulent en loge ouverte au degré de Maître.
Cette pratique fut largement harmonisée, notamment lors de la convention maçonnique de Baltimore (8 au 17 mai 1843), qui recommanda que les travaux administratifs soient réservés aux Maîtres Maçons.
Cette convention fixe la pratique du rituel York tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Les travaux sont toujours ouverts au 3eme, et toutes les activités administratives et de gestion doivent se dérouler à ce degré car seuls les Maîtres possèdent la plénitude des droits de membre de la loge, leur permettant de délibérer valablement au nom de la Loge, de participer à l’ouverture des travaux aux différents degrés et le maçon n’est réellement intégré dans la loge que lorsqu’il est Maître. De fait, aucun ordre du jour ne peut être traité au 1er et 2ème degré sauf les cérémonies d’initiation et de passage, donc tous les autres travaux, les lectures des procès-verbaux ainsi que tous les votes ont lieu au 3ème.
Ouvrir d’emblée au 3ème degré, c’est donc constituer la loge dans sa forme la plus complète et la plus légitime avant toute chose. Ce n’est donc pas une exigence ésotérique, mais essentiellement une règle de gouvernance.
